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Journée internationale des droits des femmes : vers des territoires inclusifs, sensibles et agiles [Tribune #9]

     La quête de l’égalité à prendre place dans l’espace public, autorisant chacune et chacun à gagner en légitimité, en autonomie, en liberté, passe par un changement de paradigme.  En effet, il est utopique de se projeter et de construire le monde de demain en perpétuant une vision de l’organisation sociale d’hier. 

            Nous proposons dès lors un changement de cadre qui permet, pour nos identités comme pour la ville, d’entamer une métamorphose.

            La dualité socialement construite entre les femmes et les hommes est génératrice d’attitudes, de comportements spécifiques, qui sont l’expression de systèmes de domination.  Dans l’espace public on observe que les femmes s’occupent, là où les hommes l’occupent.

            Occuper est un terme offensif, guerrier, qui impose une légitimité. Il suffit de regarder comment les hommes occupent le mobilier urbain.  Ils trônent, rêvent, se prélassent, évaluent, s’ennuient parfois, surveillent souvent.  Surtout, ils contrôlent l’espace ! 

            De cette légitimité, les hommes tirent des avantages, personne ne remet en cause leur présence dans l’espace, ils en sont, en somme, les dépositaires. Le plus souvent ils se contentent d’user de ce privilège mais, parfois, ils en abusent et revendiquent des droits implicites, donnant lieu à des comportements toxiques, comme le harcèlement par exemple. 

            Cette emprise masculine n’est d’ailleurs pas propre à l’espace public et se manifeste dans tous les lieux d’exercice du pouvoir, dans les conseils d’administration, jusque dans les couloirs de l’Assemblée Nationale.

            Si l’on prend en compte le poids de l’histoire et du contexte, changer la ville, implique de changer d’approche. Et pour dé-normer les comportements, il faut dé-normer la ville elle-même.

            De même que nous revendiquons d’hybrider notre corps et notre pensée, d’être dans la « bousculade identitaire » chère au sociologue Sam Bourcier, il s’agit de revendiquer la complexité, l’hybridation pour et dans nos territoires.        

            Tou.te.s  urbaines,  nous   devons penser l’avenir de nos villes de façon inclusive ; trouver les chemins pour réduire les inégalités spatiales ; nous atteler collectivement à bousculer la ville des riches contre la ville des pauvres, les fermetures ; considérer le droit à la ville et redéfinir la cité hospitalière ; permettre l’accès pour tou.te.s à la vie urbaine et son idéal.

            Là où « l’espace contribue à produire et à reproduire matériellement les différences et les dominations de sexes » comme le disent Cécile Gintrac et Matthieu Giroud, il faut déconstruire, s’approprier, expérimenter, comparer pour permettre aux villes de se redéployer dans une approche pluridimensionnelle.

            Tou.te.s expertes en usages, il s’agit de nous mettre en quête de « fabriques d’espaces », véritables laboratoires d’aménagement favorisant l’émergence et la cohabitation de la diversité, du pluriel, du partage, de l’alliage, et aussi des contradictions.  Il s’agit aussi de laisser émerger des lieux permettant à nos identités de palpiter, de se multiplier, de se transformer, d’inclure. 

            Car nous faisons le constat, partout où l’espace le permet déjà, dans certains parcs par exemple ou certains lieux d’expérimentations, que cela donne lieu à des échanges plus fructueux, moins ordonnancés.

            Le chemin pour y parvenir peut être de réveiller en chacun.e de nous les qualités sensibles enfouies ; écouter, sentir, regarder, toucher, échanger, retrouver les sons, les parfums. Ce peut être aussi s’affirmer dans l’espace et s’arrêter sur un banc parce qu’il fait beau, observer le ciel, s’amuser d’une situation ; retrouver le temps et les rythmes individuels et collectifs.

            Enfin, il faut œuvrer pour une ville agile, car l’agilité permet de créer les conditions du possible, de l’ajustement, des frottements, des évolutions permanentes ; elle propose de la souplesse face à la rigidité des normes réductrices et créatrices de dominations diverses.

            Cela revient à penser diversité, plutôt qu’usages exclusifs ; à privilégier la flexibilité et la polyvalence des lieux plutôt que de les figer dans des fonctions ; à ménager plutôt qu’aménager ; à favoriser une fertilisation des rues et des espaces ; à travailler à du mobilier inclusif, à des mobilités renégociées.

            L’agilité d’un espace revient à lui donner comme dessein d’être appropriable par tou.te.s.

            Comme pour les identités, l’urbanisme de demain doit créer les conditions de la flexibilité et de la pluralité. Nous plaidons ainsi pour des villes inclusives, sensibles et agiles.